Vivre la mort d’un jumeau

Compte-rendu du colloque de Lille, le 13 février 2004

Une vingtaine d’intervenants et prés de deux cents participants (de nombreux parents endeuillés et des soignants) étaient présents à ce colloque. Celui-ci a posé la problématique du deuil périnatal d’un jumeau sur les plans médical, psychologique, légal, tout en se préoccupant des ressentis possibles mais non exhaustifs du jumeau vivant, du parent et du soignant. Ce colloque n’avait pas comme prétention d’apporter la VERITE mais plutôt des perspectives, afin que soignants et parents, à défaut de parler le même langage, puissent mieux se comprendre.

Ce compte rendu ne se veut pas être un résumé. Il reprend simplement quelques ressentis définis par les intervenants.

Quand la mort d’un jumeau intervient, Enfant(s), Parent(s) et Famille élargie se trouvent face à un deuil particulier car il faut à la fois investir la vie avec l’enfant qui est là, vivre la mort de celui qui n’est plus et parce que le jumeau qui meurt ne disparaît jamais tout à fait.

Pour l’enfant, perdre son jumeau, c’est la perte d’une relation intra utérine, c’est une. Il devient le jumeau solitaire. Quelles traces peut avoir cette absence ? Il peut être confronté à une ambivalence : joie d’être en vie, tristesse de l’absence (présente à chaque événement de vie). Il est confronté à la mort de l’autre et renvoyé à sa propre mort. Est-il complet quand il est seul ou quand il est double ? Il peut se sentir coupable d’exister, de vivre en sursis. Perdre son jumeau n’est pas une maladie mais un événement de vie, un événement de vie fondateur, qu’il lui faudra dépasser.

Pour le parent, perdre un jumeau, c’est faire le deuil du prodige de la gémellité. C’est éprouver à la fois un immense bonheur de porter et de donner la vie et l’immense douleur de porter la mort. C’est aussi peut être du ressentiment, de la crainte et de la culpabilité face à la blessure de l’enfant vivant. Le jumeau solitaire préoccupe. Le décès du jumeau fait craindre le pire pour celui qui reste, peur d’une malédiction. Loin de s’estomper, l’image du jumeau décédé se réactualise au fur et à mesure des évènements de vie du jumeau vivant, qui devient un témoin permanent.

Mais le Temps apaise la douleur et « Il ne faut pas oublier que la VIE reste toujours possible » conclura un des intervenants.

Le actes de ce colloque seront bientôt disponibles sur papier. Il suffit de le demander à Vivre son deuil Nord-Pas de Calais, Home des infirmières, 5 avenue Oscar Lambret 59037 Lille Cedex (tel:03 20 88 73 46)

Je remercie tous les intervenants et particulièrement Maryse DUMOULIN qui est à l’initiative de cette journée très intéressante et qui n’a pas été sans provoquer beaucoup d’émotions notamment pour le parent endeuillé que je suis.

Chantal